Pubs Meetic ou la Marchandisation de l’Intime

Par Julien Marie, le mardi 09 octobre 2007 à 05:09

C’est un article que l’on voulait faire depuis longtemps chez DatingWatch. Surtout depuis la dernière campagne de Meetic, qui, je l’avoue, malgré son humour et sa réalisation maitrisée, nous a fait froid dans le dos. Meetic nous vend de l’amour ? J’ai plutôt l’impression qu’ils nous vendent désormais des histoires jetables et interchangeables. Mais ne nous emballons pas trop vite, essayons d’être méticuleux, analystes, disséquons à froid comme nous aimons le faire. Petit panorama historique des pubs de meetic. Romantiques attachés à des valeurs désuettes telles que l’amour s’abstenir !

La Première Pub

Dès la première pub, les ingrédients du style Meetic sont réunis. La Pub s’ouvre sur le bel appartemment de la belle célibataire qui a réussi. Tout est design, feutré, nous sommes le soir, notre héroïne est tranquillement allongée dans une tenue confortable sur son canapé Ligne Roset. Mais que fait-elle avec son laptop ? Le plan se resserre sur ses doigts tapotant le clavier, on a l’impression qu’elle est en train de… de…. ah mais oui, elle fait ses courses sur Internet ! Gros plan sur son visage : cela a l’air bien excitant… Mais qu’a-t-elle commandé ? Le temps qu’elle trempe ses lèvres dans son infusion du soir, on entend la livraison ultra rapide en jet à turbopropulsion s’approcher… On voit le mur du salon (pas de télévision en face du canapé, mais des tableaux et des lampes design)… Et là le colis transperce le plafond : un homme. Elle a acheté un homme, elle est contente de son choix, et lui essaye de se dépoussiérer et renifle.

Toute la pub est centrée sur la femme, et l’assouvissement de son désir immédiat. Elle veut un homme, là, tout de suite, le commande le soir, quand les boutiques sont fermées, et est livrée encore plus rapidement qu’une pizza à domicile. Le dernier plan sur le visage de la femme nous suggère qu’elle a envie de déguster cette pizza d’un nouveau genre, mais on a l’impression que comme la pizza, cela finira à la poubelle… Consommation, consommation. Déjà et toujours.

La Deuxième Pub

Cette pub est en même temps la plus belle que Meetic ait faite, et en même temps la plus insidieuse. La plus belle car elle faite de flash de tous les petits riens représentatif du bonheur amoureux. Les moments d’innocence, de désir, de sérénité, les petits symboles comme les prénoms du couple associé sur une vitre de voiture, être main dans la main, les doigts de pied qui s’emmêlent, le regard amoureux de l’homme vers sa femme absorbée par le film au cinéma, le regard plein de bonheur de sa femme que l’on vient d’épouser entrant dans la vieille jaguar qu’on a loué pour le mariage, l’idée que l’on vieillira ensemble, la passion amoureuse, le dégraffage du soutien gorge, l’échographie, la sonnette avec le nom de l’être aimé rajoutée par une étiquette à l’autre nom, le coeur tatoué, les étincelles, la photo sur la porte du frigo, les deux brosses à dent, les frites qu’on fait manger à l’autre et vice et versa, les préservatifs, les deux oeufs dans la poele, les deux toasts qui sortent du grille pain. Tout cela dans un monde urbain où enfin les lumières des appartemments restent allumées le soir, l’amour comme une victoire sur la nuit. Et cette phrase : plus jamais seul.

Mais elle est insidieuse car elle joue sur la mémoire. Sur la nostalgie. Tous ces flashs, ce sont des flashs de mémoire de ce qu’on a tous vécu plus ou moins dans une relation amoureuse. Ce sont ces petits riens qui vous déchirent le coeur quand vous vous retrouvez seul dans ce lit dans lequel vous étiez deux. Il y a dans cette pub ces rires que l’on entend plus et qui manquent. Elle est magnifique. Mais elle fait mal. Elle est là pour rappeller à tous les célibataires (enfin, les 98% qui subissent leur célibat), que oui, c’est dur de se passer de tout cela, que c’était bien. Inscrivez vous sur Meetic, et peut-être que cette pub ne vous fera plus mal, mais sourire.

La dernière pub : Les règles du jeu ont changées

Meetic ici laisse tomber le sentimentalisme. Aucune allusion à l’amour. Le slogan a disparu : “Vous allez aimer” est devenu “Les règles du jeu ont changé / N°1 de la rencontre sur internet”. Dans cette version longue (constituée de tous les courts format mis bout à bout), nous voyons un défilé d’insights, ces petites phrases types qui font écho à l’ancien temps (”Laisser l’homme faire le premier pas”, “Etre la femme d’un seul homme”, etc…), contrebalancé par ce qui serait les “nouvelles règles”, les nouveaux comportements de la femme. Car à nouveau elle est au centre comme aux débuts de Meetic (alors que pour la deuxième pub, c’était l’amour et le couple qui étaient au centre). Nous revenons à une logique de la consommation de l’autre. Mais différente.

Quand dans la première pub, nous étions en face d’une célibataire seule dans son appartement, nous voyons maintenant la célibataire festive, urbaine, avec ses amies ou chez elle, affirmée et active. Elle prend définitivement les choses en main. Dans le concret : elle n’est plus devant son ordinateur, mais elle met les hommes dans son lit, les embrasse, leur pique des capotes. Elle destabilise l’homme, tout penaud, qui essaie de suivre. Elle est la consommatrice exigeante et reine, que rien ne pourra faire plier. Elle sait ce qu’elle veut, et quand ça ne va pas tout à fait, elle jette. Pas de pitié. On ne va pas se mettre à essayer de comprendre l’autre non plus, encore moins faire des compromis. On l’utilise. Car la célibataire est forte. Sa vie privée, ce sont ses amis. Les hommes, c’est un jeu, un passe-temps. Ca fait du bien, c’est marrant. Qu’il s’appelle Mike ou Bob, après, on s’en moque. Est-ce que je me souviens du modèle de mon aspirateur ? C’est aussi important finalement. Voilà. Les règles du jeu ont changé. L’amour est mort.

L’amour est chez Ulteem

Eh oui, Meetic multiplie les marques. La rencontre de masse est chez Meetic.fr. L’amour, lui, est chez Ulteem. Là où les choses ont ce goût de vrai. De sincérité. On ne ment pas chez Ulteem. C’est en noir et blanc, et c’est complice. C’est mature. On ne joue plus, mais on vit. Mais c’est plus cher.


Ulteem
envoyé par blogstrat

Bonus
Si vous aimez la musique de la dernière pub meetic, elle est ici.

8 Commentaires

J’ai pas d’autre moyen de communiquer alors je le mets là (y a un petit rapport quand même) :

Meetic envisage le passage au gratuit :
http://www.infos-du-net.com/actualite/11946-meetic-gratuit.html

… tout au moins pour les jeunes… faut attendre de voir ce que ça va être mais bon… Qui vivra verra…

Tom@, le octobre 9, 2007

Re-Bonjour Tom@ !

En fait, Meetic fait le constat de l’échec cuisant de Superlov. Cela correspond assez bien à ce que nous disions sur l’article sur le web 2.0 et les sites de rencontre que nous avions posté il y a quelques temps déjà.
En effet, pour cette cible, la rencontre se fait par les réseaux sociaux, gratuits, ludiques, etc…
Mais je ne sais pas si Meetic (j’en doute même en fait) a les compétences pour monter un réseau social. Ce n’est pas du tout le même métier. C’est un réél métier de savoir faire payer aux gens des abonnements. C’en est un autre de valoriser des membres par la publicité, de créer de la viralité, et de laisser de la liberté.
Nous verrons comment Simoncini gère ça, lui qui est si anti-web 2.0 (qui est pour lui une usine à faire baisser tendanciellement les revenus publicitaires par une explosion de l’offre d’espaces pubs).
Au final, comme tu dis, qui vivra verra. Tout ce qu’on sait, c’est que la cible “djeuns” est pour Meetic un casse tête chinois et qu’ils n’arrivent pas à leur parler.

A bientôt.

Julien

Julien Marie, le octobre 9, 2007

Votre analyse des pubs meetic est passionnante en ce qu’elle est ô combien révélatrice de l’évolution de notre époque. Ce qui me frappe, c’est qu’il faut que les rôles soient inversés, c’est à dire que l’homme soit instrumentalisé à son tour par les femmes pour que la marchandisation de la rencontre, la consommation de l’Autre nous apparaisse alors dans toute sa dureté ! bravo, en tout cas, continuez ce remarquable travail d’analyse !

elisabeth, le octobre 9, 2007

[Humour ON]
Ce que j’aimerai être instrumentalisé par une femme !
[Humour OFF]

Oui je sais c’est nul mais je suis comm les deux auteurs de ce site “célibataires endurcis” ;o)

Tom@, le octobre 10, 2007

Salut à toutes et tous, je reviens sur le lien défini dans le first post. Comme le dit Julien Marie, le capitalisme est l’ennemi du social (pour faire vite dans la réflexion). Avec cette volonté soudaine de faire du gratos, Meetic va attirer une clientèle qu’elle n’attire pas à ce jour. Le projet ne consisterait-il pas à créer une envie chez cette “zone de chalandise virtuelle” non intéressée par la thématique de la rencontre (qu’elle soit payante n’arrange rien), puis une fois l’envie devenue besoin, adios le gratos. Moncini faire du gratuit pour le gratuit ! Un hoax, tout simplement

Dipoun vous souhaite à toutes et tous une bonne semaine sur datingwtach.org

Dipoun, le octobre 11, 2007

Brillante conclusion de Mademoiselle Elisabeth. Une connaisseuse et une découvreuse de talentueuux rédacteurs et rédactrices (la politesse voudrait que le féminin donc -trices soit en premier lieu citée, mais comme le dit Elisabeth, les temps ont changé) ;-) Dipoun

Dipoun, le octobre 11, 2007

Je pense que chacune de ces pubs a un objectif stratégique différent, et montre bien qu’en tant que plateforme de relations sociales, meetic possède une clientèle très diverse.
- La première tant à affirmer le savoir faire de meetic en comparaison à sa concurrence (tout le monde n’est pas capable de faire des sites de rencontres par Internet qui marche, et par le même cas, il est différent de vendre un canapé et de l’amour en ligne).

- La deuxième publicité montre l’ambition de meetic d’offrir de l’amour et non simplement des rencontres. La aussi on essaie de combattre l’idée reçue que les sites de rencontre en ligne sont principalement des nids de draggeurs et que si l’on cherche l’amour, point de salut.

- La troisième essaie certainement d’attirer des femmes, qui je pense (mais là je parle sans chiffre ni réel expérience) doivent être dur à recruter. Pas de femme, pas de drague.

Donc au final je trouve cela pas mal que Meetic soit capable de jongler avec les pubs en fonction de la cible qu’il veut toucher. Il ne faut pas oublier que la cible de Meetic est très large, et c’est pour cela qu’ils doivent faire avec de nombreux types de publicités différentes.

Nicolas Schriver, le octobre 15, 2007

pfou quelle belle analyse.

voici mes commentaires.

quand on est un homme d’affaires, on s’adresse à un public (une cible) avec un message. le problème, sans analyser les pubs et que le message est à chaque fois différent. un problème majeur aussi est qu’une marque doit détenir une leïtmotive. ainsi le premier de meetic était “vous allez aimer” et ils ont tout à fait tenu leur PROMESSE. car avoir un leïtmotive implique une promesse et si la personne du marketing fait bien son travail on a des moyens mis en oeuvre pour réaliser cette promesse avec des résultats.

pour en revenir aux 2 dernières pubs, il n’y a aucune promesse, aucun moyen, aucun résultat : d’un point de vie marketing c’est NUL. le fait de jongler peut passer pour trouver ou recibler sa clientèle mais avec des millions d’euros un sondage aurait été plus simple et moins cher non ?

points précis pour les pubs :

- 2° pub : l’homme en tant que mec nul et asservi je suis pas macho mais si c’es pour faire amener les nans et faire fuir les mecs qui restent encore les principaux à payer il faut le rappeler “grâce” au PASS PREMIUM, c’est encore mal visé non ?

- 3° pub : encore plus cher comment est-ce possible ? et est-ce sérieux de faire des dérivés de sites ? tous les sites pronent finalement la rencontre mais pour les uns c’est peu sérieux, les autres c’est à la mode et les 3° c’est pour les vieux c’est pas valorisant je trouve même si j’idée de base est bonne. j’aurais été grand stratéguère je ne me serais pas vanté de détenir autent d’identités différentes ça fait trop business. ulteem devrait par exemple être gérée par une équipe de personnes mures dans la direction entre 50-60 ans et connaissant bien la problématique de cet âge ça paraitrait plus logique, plus humain et mieux pour les actionnaires sans doute…

Julien, le octobre 30, 2007
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