Les Célibataires au Cinéma (vu à la TV!)

Par Julien Marie, le mercredi 17 octobre 2007 à 03:48

Bridget Jones, Carrie Bradshaw, entre autres, sont les nouvelles représentations du célibat. Des représentations féminines. On parle de célibattantes, ces femmes actives, belles ou charmantes, sensibles mais fortes, joyeuses même si elles ont souvent le coeur déchiré. Le célibataire masculin a déserté les écrans, sauf peut-être Andy Stitzer, le personnage de “40 ans toujours puceau”, mais ici, le célibataire masculin est une exagération qui ne reflète plus la société, tout au moins, je ne souhaite à personne de s’identifier à lui. S’il reste vivant, ce célibataire masculin est le tourment de la célibataire. Hugh Grant dans toute sa splendeur. Voyage au pays des soirées pyjamas.

Remettons nous dans le bain


40 ans toujours puceau

On voit donc les trois tendances du célibat. La première est sa féminisation. Bridget est la célibataire romantique, qui reste seule dans son pyjama à regarder des comédies romantiques, à faire du play-back sur la reprise d’All by myself par Céline Dion, dont le répondeur reste désespérement muet. Elle est maladroite, peu sure d’elle, un peu boulotte, mais pleine de charme. On s’identifie à elle. Elle incarne les rêves des jeunes filles passées à l’âge adulte.
La deuxième, Samantha Jones, est la célibataire mangeuse d’hommes, obsédée sexuelle mais en quête d’amour (ce que montre bien la scène). Elle est entourée dans la série de Charlotte York, un peu coincée mais romantique, Miranda Hobbes, qui elle a du mal a s’avouer qu’elle a besoin de quelqu’un dans sa vie du fait de sa carrière mais est malgré elle désespérement en quête d’affection, et Carrie Bradshaw, la synthèse de ses amies, belle, célibataire, qui va d‘histoire en histoire mais qui conserve au fond d’elle le grand amour pour Big, riche célibataire, homme à femmes qui ne peut se résoudre à donner son amour jusqu’à la dernière saison et ce voyage à Paris. Elle croit en l’amour, mais se prend des coups.
Et l’homme célibataire, s’il n’est pas le personnage secondaire des fictions de célibattantes, cet homme qui tourmente, fait mal, le salaud, quand il est du côté du désir et de la sexualité (Hugh Grant dadns Bridget Jones ou Mr. Big dans Sex and the City), ou de l’homme timide, mal dans sa peau, maladroit et un peu cassant mais romantique qui fait du bien (Colin Firth / Marc Darcy dans Bridget Jones), il est cet exclu de l’amour et de la sexualité dès qu’il est en premier rôle.
On peut noter également, pour la petite histoire, que Bridget Jones est en fait inspiré d’Orgueil et Préjugés, roman complètement centré sur les émotions d’Elizabeth à l’égard de M. Darcy (joué dans la version BBC par Colin Firth, qui joue Marc Darcy dans Bridget Jones…).

Evolution : du Fanfaron à la Célibatante

Le Fanfaron
Le Fanfaron

L’image traditionnelle du célibat est celle de l‘homme plein de vie, entreprenant, libre à ceci près qu’il peut être prisonnier de ce désir incessant. Il est Don Juan, il est le Fanfaron joué par Gassmann (quel film au demeurant). Il est ce désir à fleur de peau. Il ne se pose pas la question de l’amour, il ne se pose que celle de son désir qui change d’objet en permanence. L’amour est un mythe, une fleur au parfum ennivrant qui enlace les femmes dans son filet. L’homme est ce matador qui mettra à mort toutes les volontés de résister de ces femmes, qui ne sont là que pour lui, à l’attendre. Leur existence se réduit à attendre l’amour. Elle n’existent pas vraiment, hormis comme objet de désir. C’est l’image toujours actuelle dominante du célibataire, le single branché qui a choisi son célibat… 2% des célibataires. Et encore.
Repensons à Werther et ses souffrances, l’exact opposé. Le célibataire plein d’amour, qui se consume à mesure que l’objet aimé s’éloigne de lui, jusqu’à cette balle de pistolet entendue dans la nuit. Lui a complètement disparu. L’image de l’homme souffrant d’amour, où est-il ? Où est le poète et ses purs sanglots ?
Il ne peut plus rien, notre cher poète. Il supplie, il donne tout, il met entre les mains de la femme aimée son coeur encore battant. Elle rêve de cela. Mais dans les faits, où est la joie, ce ciment des relations amoureuses ? Et s’il existe toujours ce Poète, il vit emmuré, se protège : il devient Hitch, expert en séduction. Il connaît la femme, il connaît l’amour, mais se doit d’être rationnel, presque cynique, jusqu’à ce que sa carapace craquèle sous les coups du coeur.
Et où cela mène-t-il au temps du riz minute et du zapping télévisuel ?

Mais qu’est ce que cette célibatante ? Pourquoi cette femme, la trentaine, est-elle seule ? Pourquoi est-elle la figure actuelle de la quête amoureuse et de ses désillusions ? Bien sûr, plein de choses l’expliquent : la libération de la femme, bien entendu, le poids médiatique et culturel de la presse féminine, et des valeurs qu’elle transmet. Ces valeurs de liberté, de bonheur, ce Carpe Diem permanent.
Peut-être aussi il y a une revanche par rapport au joug masculin millénaire. Le fait qu’enfin la femme puisse se permettre de prendre les hommes et de les jeter (cf dernière pub meetic). L’homme n’a plus le monopole du cynisme. Mais aussi, plus personne n’a le monopole du romantisme. Pourtant, l’amour n’est-il pas gravé dans notre chair. N’est-ce pas un des ressorts des contes qui nous ont enveloppés dans notre enfance, ces idéaux de justice et d’amour, de défense du bien de la société, et cette princesse délivrée. Comme par hasard, ces deux évènements coincidaient toujours : quand le héros délivrait la princesse, la ville, le pays, la communauté était elle aussi délivrée. L’Amour comme délivrance, face au mal, le “grand méchant” qui lui fait ce qu’il lui plaît, se moque de faire souffrir mais ne vit que par rapport à son désir. D’un côté, l’Amour et la responsabilité, de l’autre, le désir, l’irresponsabilité. D’un côté la permanence, l’infini, l’éternité, et de l’autre le zapping, le moment, la fin.
Et nous naviguons entre ces extrêmes. On veut le vivre, ce désir. Nous sommes libres, goutons la vie. Oui ! Goûter, en latin, c’est sapior, sapere. Ce mot a donné en français le mot Sage. Le Sage est celui qui goûte la vie, qui en connaît ses interstices, ses extrêmes, et par là qui est capable de placer sur un échiquier des valeurs chaque chose. C’est celui aussi qui saît que l’erreur est sage. Oui, nous sommes dans un culte de la jeunesse : attendons avant de tirer des leçons, et vivons, goutons. Mais un jour, sachons que désir et amour ne sont pas aussi antithétiques. Que l’amour ne peut prendre source que dans le désir. Que l’amour, c’est, entre autre, assumer son désir.
Et peut-être est-ce là que se retrouvent les figures du célibat féminin : dans cette hésitation entre le désir, le moment présent, et l’Amour, la construction. Entre les rêves de jeune fille, réalisés à l’âge adulte, et l’adolescence qui tarde à s’évanouir, le butinage. Les femmes sont écartelées par ces deux extrêmes, Elles se doivent de faire un choix, d’en être sûres. Peut-être assistons nous à un apprentissage de la liberté, car avec leur libération les femmes se sont jetées dans l’âge adulte, l’âge de la responabilité.

Si vous êtes arrivés à lire jusqu’ici, BONUS ! :

En mettant cette première vidéo de Bridget Jones plus haut, je me suis rendu compte que cette chanson était à la base composée et chantée par un homme, Eric Carmen, puis reprise uniquement par des femmes, dont Sherryl Crow et Céline Dion. Ses paroles sont l’opposition du désir et de l’insouciance qu’il avait connu, et la passage à un autre âge, celui du besoin de construction.

free music

En voici les paroles :
When I was young
I never needed anyone
And makin love was just for fun
Those days are gone

Livin alone
I think of all the friends Ive known
But when I dial the telephone
Nobodys home

All by myself
Dont wanna be
All by myself anymore
All by myself
Dont wanna live
All by myself anymore

Hard to be sure
Some times I feel so insecure
And love so distant and obscure
Remains the cure

All by myself
Dont wanna be
All by myself anymore
All by myself
Dont wanna live
All by myself anymore

2 Commentaires

Le fait que les “célibatants” ne soient pas très représenté au cinéma ou à la télé proviens peut être plus simplement du fait que le cœur de cible pour une telle “fiction” est assez faible.

Le fait est que la gente masculine se passionnera plus facilement pour une comédie ou un film d’action que pour une histoire d’amour.
Quant à une histoire d’amour mettant en scène un homme seul de 40 ans qui cherche l’amour (en dehors de “40 ans toujours puceau”), je crois que là on atteint un vide assez cosmique de spectateur masculin potentiel.

A contrario, les femmes sont plus friandes de ce genre de personnage, plus “torturé”, plus intellectuel et moins bourrin.

Ceci dis je suis personnellement un cas un peu à part, j’adore Sex & the City… m’identifiant plus à Carry qu’à son Mister Big… un comble… ;o)

PS: Je n’ai connu pendant longtemps que la version d’Eric Carmen … c’est plus récemment que je suis tomber sur celle de Céline Dion.
Mais bon là aussi, comme je suis un fan d’Elton Jon, du haut de mes 27 ans je suis né 30 ans trop tard ;o)

Tom@, le octobre 17, 2007

Sympatique article mais tu oublies un grand classique “Aflie” :
- http://youtube.com/watch?v=_J1qRVf_AuA
et plus récemment
- http://youtube.com/watch?v=S0KIA79b9Zk

arno p, le octobre 27, 2007
Laissez un Commentaire
Commentaire: