Plus nombreux donc mieux ?

Par Regis, le lundi 07 avril 2008 à 09:35

L’un des premiers objectifs d’un site de rencontre est d’attirer le plus grand nombre d’utilisateurs. Plus il compte d’utilisateurs, plus ces derniers sont satisfaits. En effet, un choix plus important permettrait à chacun de trouver la personne qui lui convienne le mieux.

Forts de ce principe, les sites les mieux installés affichent leur nombre d’utilisateurs comme argument d’autorité pour attirer le chaland. Personne, ni les sites, ni les utilisateurs, ne semble vraiment remettre cette idée en cause : la satisfaction de chaque utilisateur augmente avec le nombre d’utilisateurs du genre opposé.

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Ce principe, c’est sûr, est pertinent jusqu’à un certain nombre d’utilisateurs. Par la suite, il semble moins évident que cette loi se vérifie. C’est en tout cas ce qu’entend montrer un article du Journal of Marketing Research.

L’article montre, à partir d’une expérimentation sur des consommateurs, qu’au-delà d’un certain niveau, l’augmentation des possibilités de choix n’apporte rien de bénéfique à l’utilisateur et peut même nuire à la qualité du choix final. Alors que l’étude de l’article porte sur des biens de consommation, ses résultats semblent transférables au milieu de la rencontre.

L’idée de base de l’article est que, au-delà d’un certain niveau de choix, l’augmentation des possibilités engendre des choix sous-optimaux. Les gens passent plus de temps à chercher le produit qui leur plait. Ils lisent davantage de fiches techniques et d’avis. Au final, au lieu de garder le meilleur, ils se perdent un peu entre tous les produits. Les consommateurs, un peu lassés, en retiennent un pour en finir qui n’est pas forcément le plus intéressant.

L’étude montre le résultat paradoxal suivant : des coûts de recherche plus bas (une plus grande facilité à chercher) et une plus grande base de produit diminuent la qualité moyenne des choix effectués ainsi que la sélectivité des utilisateurs quant à leurs choix.

Sur un site de rencontre, nous pourrions extrapoler les résultats de l’étude en considérant que face à un trop grand nombre de partenaires potentiels, les utilisateurs vont avoir du mal à faire leur choix. Ils sont tentés de zapper facilement pour jeter un œil sur tout le monde sans finalement prendre le temps de ne discuter vraiment avec personne.

Remarquons que certains sites de rencontre qui rallongent les processus de découverte et d’initiation du dialogue avec l’autre vont dans le sens de l’idée de cette étude. D’autres sites proposent une sélection volontairement restreinte de profils compatibles. Cette augmentation du temps de recherche artificielle possède par ailleurs l’avantage de réduire le volume de la masse critique.

L’intérêt de l’idée défendue dans l’article, quel que soit les critiques qu’il soit possible de lui faire par ailleurs, est de bousculer le principe jusque là incontesté du « plus nombreux c’est mieux ».

http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=901597

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7 Commentaires

“Alors que l’étude de l’article porte sur des biens de consommation, ses résultats semblent transférables au milieu de la rencontre.”

euh … cela semble approximatif tout cela. Dans quelles conditions un tel transfert de domaine est-il possible ?

A moins que le but de l’article n’était que d’illustrer votre propos…

Tharkun, le avril 7, 2008

on traite la rencontre comme de la VPC, c’est a celui qui annoncera le plus gros nombre d’inscrits (articles)
Manque de bol pour la morale, c’est que ca marche.

yann, le avril 7, 2008

@Tharkun : C’est vrai que je suis peut-être allé un peu vite dans l’article. Alors, pour être plus précis et complet :

Sur un site de rencontre classique et sur un magasin en ligne, la plateforme (le site) propose la liste la plus longue possible de tous les “produits” qui correspondent aux critères de recherche. Dans les deux cas les conditions du choix me semblent équivalentes.

Les résultats de l’étude sont obtenus, pour des biens de consommation, à partir d’une certaine manière de proposer des choix.
Par ailleurs les choix s’effectuent de manière similaire sur un site de rencontre “classique”.
C’est dans ce cadre (sous ces conditions) qu’il devient possible d’imaginer le transfert des résultats de l’étude sur le marché des biens de consommation au “marché” de la rencontre.

Regis, le avril 7, 2008

Je ne suis pas très d’accord avec ces conclusions. cette étude, dans un hyper marché, peu être juste (difficile de choisir entre 100 marques de PQ), mais sur un site de rencontre ou un membre est ravi de voir, grâce au grand nombre d’inscrits, qu’il y a des personnes de son milieu géographique ou sociale ou passionnel. et plus le nombre d’inscrits est grand, plus sa recherche, parallèlement plus précise, aura de résultats pertinents.

Rencontre, le avril 7, 2008

Je suis moi aussi moyennement d’accord. Personnellement je préfère avoir beaucoup de choix, plutôt que quelques membres qu’on finit par contacter “faute de mieux” alors qu’ils/elles ne nous correspondent pourtant pas tant que ça.
Plus de choix nécessite plus de temps c’est sûr, mais après chacun en passe plus ou moins selon l’étendue de sa recherche ou son degré d’exigence. Le risque pervers en revanche devant trop (?) de membres, c’est d’envoyer plein de messages à la va-vite sans y prêter beaucoup d’attention. Pour espérer avoir une ou deux réponses dans tout ça. Mais des fois c’est presque que comme ça que ça marche j’ai l’impression, un peu comme quand on recherche du boulot…
Une logique certes très artificielle au bout du compte, souvent le propre de ce genre de sites.

Alfred, le avril 7, 2008

“Une logique certes très artificielle au bout du compte, souvent le propre de ce genre de sites.”

Je dirai plutôt le propre d’Internet.

Tharkun, le avril 8, 2008

Oui, à priori pour ce qui semble évident au premier abord: un site de rencontres où il y a beaucoup de choix est toujours préférable à un site qui en a moins mais comme en toute chose le mieux et le plus sont l’ennemie du bien.

Passé un certain seuil la profusion de membres est génératrice de ce que j’appelle un effet de “butinage” … on envoie des messages à des tas de gens, on passe de l’un à l’autre en des temps records, on se mélange même les pinceaux tellement il y a d’échanges mais on développe surtout une incapacité à se concentrer sur quelques personnes et à faire vivre raisonnablement et sérieusement un début d’échange.

Chaque fois qu’on trouve quelqu’un qui semble correspondre, on veut déjà voir si par hasard, il n’y en a pas un (une) autre qui correspond mieux, puis un (une) autre, etc ….

Tout cela devient très artificiel, les relations qui en découlent sont d’autant plus éphémères que justement … il y a du monde et qu’on peut jeter très vite quelqu’un pour un autre à peine arriver qui lui-même subira le même sort dans peu de temps … génération kleenex.

Le résultat est connu: ça fait des années que meetic et autres sont pleins à craquer, alors si vraiment la quantité était synonyme de choix, il n’y aurait pas autant de gens seuls !

Si le business de la rencontre est si juteux, c’est bien parce qu’il est particulièrement inefficace à répondre aux attentes des célibataires aussi nombreux soient-ils !

pitou, le avril 11, 2008
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