Meetic : bientôt américain?
Meetic récupère les activités européennes de Match.com
L’accord dévoilé le 19 février dernier prévoit l’acquisition par Meetic des activités européennes de son grand concurrent Match.com. Cette acquisition permet à Meetic de conforter sa position de leader dans le secteur de la rencontre en ligne européen.
Déjà numéro un en France et en Europe du Sud, Meetic deviendra également numéro un au Royaume-Uni et dans les pays nordiques. Il n’y aura donc plus qu’en Allemagne que le site de rencontre sera numéro 2 derrière Friendscout.
Meetic met la main sur une entité qui réalise un chiffre d’affaires de 60 millions d’euros en Europe et compte 270 000 abonnés. Match.com existera toujours en tant que marque dans les pays où sa position est plus forte que Meetic : au Royaume-Uni et en Scandinavie. Pour le reste, Meetic viendra remplacer la marque Match.com.
A première vue donc, cet accord semble être une nette victoire de Meetic sur Match.com qui permet au site de rencontre français de se débarasser de son concurrent principal.
Entrée d’IAC au capital de Meetic
Mais cette acquisition de Match.com Europe se solde par une contre-partie lourde de conséquences. Lors de ses différentes acquisitions (Lexa, ParPerfeito, Dating Direct, Neu.de,…), Meetic avait toujours payé grâce à ses excédents de trésorerie.
Or l’acquisition de Match.com Europe est très différente des autres puisqu’elle prévoit l’entrée au capital de la maison mère de Match, IAC, à hauteur de 26,8% du capital et 21,1% des droits de vote. IAC devient l’actionnaire principal de Meetic puisque Marc Simoncini ne détiendra plus que 23,1% du capital (il conservera néanmoins 36% des droits de vote).
Ce pourcentage de parts équivaut à environ 85 millions d’euros, somme que Meetic aurait pu payer en échelonnant les versements. L’objectif d’IAC n’était donc pas de céder ses activités pour générer de la trésorerie mais bel et bien de rentrer au capital de Meetic.
Meetic et ses actionnaires américains
La maison mère de Match.com n’est d’ailleurs pas le premier actionnaire américain de Meetic. Actuellement, le deuxième actionnaire de Meetic derrière Marc Simoncini n’est autre que Fidelity International et sa maison mère FMR Corp. qui détiennent 9% du site de rencontre. Il s’agit d’une gigantesque holding financière.
Hors, quand on regarde les actionnaires d’IAC, qui retrouve t-on? Et oui, absolument, FMR Corp. détient 7,6% d’IAC. A eux deux, FMR Corp. et IAC détiennent donc plus de 35% du capital de Meetic.
Eviction de Meetic du marché américain
Outre l’entrée au capital d’IAC, l’acquisition par Meetic des activités européennes de Match.com prévoit une autre clause. Meetic s’interdit en effet pendant 8 ans de s’implanter sur le sol américain. Match.com et sa maison mère IAC s’assurent ainsi de ne pas voir débarquer leur concurrent principal sur leur propre territoire.
Un conseil d’administration remanié
Enfin, IAC place ses pions au conseil d’administration de Meetic en occupant 2 sièges sur 6. Il serait intéressant de connaître la composition du conseil d’administration de Meetic. FMR Corp. a probablement un siège, ce qui ferait trois sièges aux américains.
Meetic : bientôt américain?
A la lecture de ces différents éléments, la prudence est de mise quand à la victoire hâtivement annoncée par la presse française de Meetic sur Match.com. La forte entrée au capital d’IAC, ses liens avec l’autre actionnaire américain FMR Corp., l’éviction de Meetic du marché américain, le remaniement du conseil d’administration ne sont peut-être qu’une étape d’un processus visant à prendre le contrôle du site de rencontre français.
Cela n’est pas sans rappeler une certaine affaire Gemplus. L’entreprise française, leader de la carte à la puce s’était réjouie de l’entrée dans son capital d’un actionnaire américain TPG qui lui promettait d’aller conquérir le marché américain. La presse, tout comme dans le cas Meetic avait annoncée à l’unanimité une victoire de l’entreprise française.
Puis en l’espace de quelques années, jouant des rouages des mécanismes financiers, les américains avaient pris le contrôle de l’entreprise française.
Seul l’avenir nous dira si cet accord est une réelle victoire de Meetic ou si elle n’est que la première phase de la prise de contrôle de l’entreprise par ses concurrents américains.



Toute la presse française est unanime : Meetic a réalisé une superbe opération en rachetant les activités européennes de Match.com. Mais à y regarder de plus près, ce rapprochement ne serait-il pas pour les américains une première étape d’un long processus visant à mettre la main sur les activités du français Meetic?
